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Exemple du froid artificiel en industrie agro-alimentaire
Dr Gérard
ARASZKIEWIRZ
INTRODUCTION
On estime à environ 100 000 les personnes
travaillant en ambiances froides (températures inférieures à 10°C),
principalement dans l'industrie alimentaire. Les emplois dans cette
industrie sont essentiellement de deux types : manutentionnaires
(préparateurs de commandes, caristes) ou opérateurs affectés à la
transformation du produit : découpe ou préparation de viande,
volaille ou poisson).
L'évolution ces dernières années a été marquée à
la fois dans l’agro-alimentaire par une industrialisation poussée
et, par les effets d’une réglementation visant à l’amélioration de
la qualité bactériologique des produits, à la multiplication de
zones de fabrication sous température dirigée, et ainsi à
l'augmentation des effectifs exposés.
Les contraintes liées au froid en industrie
agroalimentaire sont d'une grande variété. En effet le contrôle des
conditions de température et d'humidité dans cette industrie est une
nécessité qui conditionne la qualité du produit. A chaque produit et
à chaque étape du processus de production correspondent des
conditions dictées par les règles d'assurance qualité :
- fabrication, entreposage viande : + 4°C,
- fabrication, entreposage steak haché : 0 à
+ 3°C,
- légumes, fruits : + 6 à + 10°C,
- surgelés : maximum : - 18°C, mais en pratique
–28°C
Les expositions déjà ainsi très variées en ce qui
concerne ces niveaux de température le sont encore plus lorsqu'on
étudie la globalité des contraintes, prenant alors en compte
d'autres facteurs physiques (humidité, vitesse d'air), ou l'activité
elle-même : contrainte physique, déplacements ou au contraire
fixité, travaux au chaud en alternance, etc).
RAPPELS PHYSIOLOGIQUES
L'homme est un homéotherme car sa température
centrale reste stable quelles que soient les variations de
température des milieux qui l'environnent. En toutes circonstances,
le bilan thermique qui est la somme algébrique des flux de chaleur
produits par l'homme et des flux de chaleur échangés avec
l'environnement doit être nul. C'est à ce prix que l'équilibre
thermique est obtenu et que la température centrale reste stable.
L'homme échange de la chaleur avec
l'environnement selon les 4 modes suivants
- Échanges de chaleur par conduction.
Ils ont lieu entre le vêtement et les solides à son contact
(chaussures-sol ; siège-fesses), ou encore entre les mains et
des objets froids.
- Échanges de chaleur par
convection. Ils ont
lieu entre la peau, le vêtement et l'air.
- Échanges de chaleur par rayonnement.
C'est un mode d'échange de chaleur à distance entre deux solides
dont les températures diffèrent. Tous les corps émettent et
absorbent de l'énergie transmise sous forme électromagnétique.
- Échanges de chaleur par évaporation au
niveau cutané (sudation) et pulmonaire.
Les ambiances froides sont des ambiances thermiques
pour lesquelles le bilan thermique est négatif.
Les réactions de l'organisme pour rétablir
l'équilibre thermique sont triples :
- Thermostatiques : diminution de la
température cutanée qui a lieu d'abord aux extrémités (mains,
pieds) pour limiter les pertes de chaleur convectives et
radiatives.
- Circulatoires : diminution du flux
sanguin cutané pour réduire le flux de chaleur entre le noyau et
la peau.
- Métaboliques : accroissement de la
production de chaleur corporelle par le frisson ou l'activité
musculaire volontaire.
ASTREINTES
Dans l’industrie alimentaire, l’astreinte
thermique des salariés exposés au froid se traduit essentiellement
par un refroidissement des extrémités. Ce
refroidissement des extrémités engendre une baisse de la
dextérité qui survient dès que la température cutanée du dos
de la main est inférieure à 23 – 25°C. Le phénomène est illustré
par le test du boulon (3) (visser le maximum de boulons pendant deux
minutes). Tant que la température cutanée de la main est supérieure
à 24 °C, on n'observe qu'un inconfort thermique pour certains
salariés. Mais dès que ce seuil est franchi, la capacité à effectuer
des mouvements fins est réduite. Cette diminution de la dextérité
peut donc être responsable d'une incapacité à réaliser
certains travaux, voire être à l'origine d'un accident du
travail.
En revanche, on n'observe jamais,
dans les conditions normales de travail, d'abaissement de la
température centrale.
On observe également un certain nombre de troubles
fonctionnels :
- Dans le cas des très fortes amplitudes
thermiques (50°C en été), sensations de gêne
respiratoire en sortie de chambre froide, asthénie
en fin de journée de travail.
- En cas de travail physique intense
(manutentions lourdes), phénomènes de sudation
responsable d’un abaissement de l’isolation
thermique et secondairement des sensations de grand
inconfort.
PATHOLOGIE
1 - Pathologie aiguë
Deux types d'accident sont possibles
- L'HYPOTHERMIE – Abaissement de la
température centrale - quatre stades
- Stade léger (Température entre 35
et 34°C) :on est face à un sujet conscient qui dit avoir
froid et qui frissonne. Sa peau est froide, pâle (avec
parfois les extrémités cyanosées). Le pouls est accéléré, la
pression artérielle normale, voire élevée.
- Stade modéré
(Température entre 34 et 32°C) :la conscience
est altérée : obnubilation, désorientation. Le sujet
frissonne toujours, mais ces épisodes sont entrecoupés de
contractures musculaires, voire de rigidité. La pression
artérielle chute et des marbrures peuvent apparaître.
- Stade profond
(Température entre 32 et 25°C) : les troubles de la
conscience sont importants, avec un coma systématique à
partir de 27°C. Les globes oculaires présentent des
mouvements pendulaires. Une mydriase peut apparaître. La
peau est froide, pâle-violacée, avec des marbrures diffuses.
L'amplitude et la fréquence des mouvements ventilatoires
sont diminués en dessous de 30°C. Le pouls est lent,
difficile à prendre. La pression artérielle est effondrée.
Des troubles du rythme cardiaque peuvent survenir, en
particulier une fibrillation ventriculaire. l'hypothermie
est une urgence absolue qui nécessite le recours au SAMU
(perfusion, précautions de transport) et l’hospitalisation
en réanimation.
- Stade majeur
(Température inférieure à 25°C) : on observe un état de mort
apparente : coma profond, disparition des réflexes
ostéotendineux, mydriase bilatérale aréactive, rigidité
musculaire généralisée. La peau est glacée. Le pouls et la
tension sont imprenables. (En pratique, il ne faut jamais
conclure au décès d'une personne en hypothermie profonde).
Le traitement dans
tous les cas repose sur le réchauffement à un rythme contrôlé
(environ 1° par heure) par divers moyens (couvertures, bains ou
matelas chauds, lavages gastriques, ventilation avec gaz
chauds). La surveillance est étroite afin de prévenir et traiter
les complications pouvant survenir lors de cette phase de
réchauffement : troubles du rythme cardiaque, dans la zone des
32 - 34 °C. - Arrêt circulatoire brutal à retardement -
Hémorragie digestive massive
- LES GELURES -
par refroidissement local excessif (zone à T. négatives)
Ce sont des lésions correspondant à une congélation des tissus.
Elle siègent aux mains, aux pied et à la face. Nous ne
connaissons dans notre expérience que les gelures aux mains,
occasionnées par le contact répété et prolongé avec des
produits surgelés (- 18°C en sortie de surgélateur). Leur
risque d'apparition dépend de la proportion du contact avec le
produit, de la pression exercée (ces deux données étant en
général corrélées à la masse), de la matière manipulée (risque
supérieur avec le métal), de la susceptibilité individuelle
enfin.
Mécanisme : formation de cristaux de glace
dans les tissus, qui font éclater les parois des cellules
provoquant ainsi leur mort. Les lésions sont assez semblables
aux brûlures par la chaleur, d'évolution plus lente.
Différents stades :
- Stade initial limité aux troubles
fonctionnels (l'onglée, la "piquette")
: la peau est froide, devient insensible. Il
n'y a pas de véritable lésion : le réchauffement, qui
s'accompagne de phénomènes douloureux , normalise la
situation. C'est un signe d'alerte important, que les
personnes doivent savoir reconnaître pour se soustraire au
froid, se protéger pour éviter la gelure.
- Gelure superficielle : se présente
comme une zone froide, pâle, indurée, qui guérit rapidement
après soit desquamation soit formation vésicules dans les 24
à 72 heures. On traite par le réchauffement actif :
mobilisation du segment de membre, frictions, passage sous
l'eau tiède, pansement sec
- Gelure profonde
: la zone est froide, indurée, pâle,
insensible. Elle devient rouge violacé, tuméfiée,
douloureuse au réchauffement. Les zones nécrosées (= mortes)
se recouvrent d'une croûte noire. Le traitement comporte
dans un premier temps le réchauffement passif
(immersion dans un bain à température croissante) et
nécessite une hospitalisation pour une prise en
charge complète (bilan des lésions, traitement d'une
hypothermie associée, soins locaux, vaso-dilatateurs,
anti-coagulants, anti-douleurs, excision greffe, voire
amputations).
Prévention :
Ces lésions sont faciles à prévenir par une
bonne information des personnes concernées. Les conseils que
l'on peut donner sont les suivants :
- S'équiper de façon adéquate
: gants, bottes, vêtements de froid, coiffes.
- Surveiller l'apparition d'un début
de gelure.
- Se réchauffer en cas d'apparition
des premiers troubles.
Une attention toute particulière devra être
portée à l'information et au suivi des
personnes nouvellement affectées sur ces postes exposés au
froid.
Dans notre expérience, certaines personnes sont connues pour
être plus sensibles au froid (soins AT itératifs après
exposition). Elles doivent être déclarées inaptes au
contact direct avec les produits surgelés, ceci afin d'éviter
des lésions plus importantes.
2 - Pathologie chronique
Le froid est considéré comme un facteur de risque
pour plusieurs appareils
- La peau,
- Les engelures : les doigts ou les
orteils deviennent rouge violacés, douloureux, avec des
crevasses et/ou des phlyctènes ("ampoules").
- La couperose : dilatation des
vaisseaux capillaires de la peau, principalement au niveau
des joues.
- Appareil respiratoire : les
personnes atteintes de bronchite chronique, supportent
mal les ambiances froide, et font fréquemment des surinfections.
On doit leur éviter ces expositions
- Appareil circulatoire :
l'exposition au froid est susceptible de déclencher des
phénomènes de Raynaud (doigts blancs et douloureux par
vasoconstriction) chez les personnes prédisposées. Elle entraîne
également une sollicitation cardiaque accrue, source éventuelle
d'accident chez les insuffisants coronariens et
insuffisants cardiaques.
3 - Pathologies liées aux autres risques
- Liées aux fluides frigorigènes : azote
(gelures, anoxie) ; ammoniac (gelures, irritation pulmonaire).
- Liées aux conditions de l’activité :
glissades (sols " alimentaires "), blessures (bouchers), TMS (SCC,
pathologie lombaire).
PRÉVENTION
La prévention en matière de protection contre le
froid comporte :
1 - Prévention collective
- Diminution de la contrainte froide
La diminution de la contrainte froide ne peut être retenue qu'en
réduisant la vitesse de l'air puisqu'il est impossible
d'augmenter la température de l'air. -La vitesse d'air maximale
tolérable est de 0,20 mètre/seconde.
Les outils doivent avoir un manche faiblement conducteur de la
chaleur et les sièges construits dans des matériaux
thermiquement isolants.
- Organisation du travail
Le travail sédentaire ainsi que le travail intense
doivent être réduits autant que possible. Les tâches doivent
être réalisables avec des gants, le salarié ne doit pas avoir à
les retirer. Les produits froids ne doivent jamais être
manipulés à mains nues surtout si leur température est
inférieure à 0°C.
Le travail doit être organisé pour qu'un salarié ne se retrouve
jamais seul dans l'enceinte froide.
Alternance des cycles Travail-Pauses
Les temps de pauses sont indispensables au réchauffement.
L'alternance conseillée est fonction de la charge de travail et
de la température du local. En l'absence de réglementation
particulière, chaque entreprise organise, à sa façon, le régime
des pauses.
Lors des pauses, les ouvriers doivent disposer d'un local de
repos correctement chauffé (température > à 20°C) et de
boissons chaudes.
- Information et formation des salariés
Le personnel doit être informé des risques liés au froid
(protection vestimentaire à disposition, utilisation,
reconnaissance du phénomène de l'onglée, éviction du froid dès
son apparition, conduite à tenir en cas de gelure.
- Sécurité
Le travail en ambiance froide artificielle est souvent associé à
certains autres risques accidentels :
- Risque de séquestration en chambre froide
(à la suite d'un malaise, d'un accident). C'est un risque
important qui doit être prévenu par des mesures techniques
et organisationnelles appropriées.
- Risques des fluides frigorigènes (Azote :
hypoxie, gelures / Ammoniac : irritation pulmonaire,
gelures).
- Glissades (sols et chaussures
antidérapants / verglas en entrée de chambre froide :
fermeture des portes, temporisation des sas).
- Risques liés à la baisse de dextérité au
froid.
2 - Prévention individuelle
Le vêtement est un moyen de protection essentiel
contre le froid. Cependant, il ne fait que diminuer l'intensité des
flux de chaleur perdue et ne dispensent pas des pauses pour
permettra le réchauffement du salarié.
Le faible refroidissement corporel des
travailleurs est lié à l'efficacité en tant qu'isolant thermique,
des vêtements qu'ils portent. La tenue vestimentaire la plus
efficace est composée de trois couches
- la couche interne : les sous-vêtements
(tee-shirt, caleçon, chaussettes) en coton de préférence,
- la couche moyenne : le pull et le pantalon en
laine,
- la couche externe : le vêtement spécialisé
isotherme (parka ou anorak, pantalon), gants et chaussures.
La multiplication des couches permet
- d'ajuster l'isolement thermique en fonction
de la production de chaleur, d'immobiliser un maximum d'air,
- d'épouser au mieux les formes corporelles, ce
qui a pour effet de limiter les mouvements d'air entre la peau
et le vêtement.
Le vêtement doit être adapté à l'activité et ne pas
gêner.
Enfin il faut noter avec les meilleurs vêtements
et chaussures, qu'on rencontre toujours dans certaines situations
des phénomènes de refroidissement des extrémités.
SURVEILLANCE MÉDICALE
Les salariés exposés au froid bénéficient d'une
surveillance médicale spéciale (arrêté du 11 juillet 1977). La
fréquence des visites médicales et leur contenu sont laissés à
l'appréciation du Médecin du travail.
L'examen clinique doit être orienté vers la
recherche de signes pouvant faire évoquer des maladies
favorisées par le froid, ou de maladies susceptibles d'être
aggravées ou compliquées par le froid. Le cas échéant, des
examens complémentaires peuvent être demandés : ECG, Radio
pulmonaire et explorations fonctionnelles respiratoires pour les
salariés présentant des signes d'atteinte bronchique.
On pourra profiter de la visite pour donner
quelques recommandations concernant l'équipement, la manière
de se protéger du froid, et indiquer les signes précurseurs de
gelures.
Certaines inaptitudes peuvent se
discuter :
- Susceptibilité aux gelures (antécédents),
cryoglobulinémie,
- Insuffisance coronarienne,
- Syndromes de Raynaud,
- Maladies rhumatismales évolutives,
- Sinusites, bronchites chroniques,
De même que certaines inaptitudes temporaires
: infections de la sphère O.R.L. et pulmonaires non guéries.
EXEMPLES
Sont présentés quelques exemples pratiques
d'améliorations mises en place dans notre entreprise ces dernières
années :
1 - Diminution des vitesses d'air
Les plaintes des opérateurs portent - à juste
raison d'ailleurs (la vitesse accroît les effets du froid) - plus
sur les courants d'air que sur la température.
Ces problèmes sont traités à chaque fois qu'ils
sont signalés par :
- soit la réorientation des volets bouches
d'arrivée d'air ou leur déplacement.
- Soit dans un cas récent par la mise en place
d'une double gaine textile
2 - Recherches de vêtements adaptés
Nous avons récemment mené des essais de gants de
protection contre le froid qui se sont révélés efficaces à l'usage
(Gants acryliques Monotherm Comasec).
3 - Améliorations techniques : chariots
chauffés
Les caristes de chambre froide de l'entrepôt
(environ 40 personnes) travaillaient à -30°C.
L'utilisation de chariots chauffés fait quasiment
disparaître cette contrainte.
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Document réalisé par le Dr Gérard ARASZKIEWIRZ,Médecin du Travail
France Glaces Findus Nestlé - Usine de Beauvais
Rue Charles Tellier,
ZI n°2 60000 BEAUVAIS
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