| DIX PROPOSITIONS pour un
développement durable du transport
combiné |
Juillet
1998
Mission sur le
transport combiné Chargé de mission : Pierre Perrod -
Rapporteur : Michel Savy
|
Rapport
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| Introduction |
Analyse de la
situation actuelle du transport combiné et présentation de dix
propositions pour un développement de ce mode de transport de
marchandises. Il préconise notamment : d'instaurer une structure au
sein de Réseau ferré de France chargée du développement des
chantiers intermodaux, .....
Pierre PERROD
|
| Première
proposition : |
instaurer,
dans le cadre de Réseau Ferré de France, une structure chargée du
développement des chantiers intermodaux, afin de mettre en oeuvre
une politique cohérente d'investissement et de coopération au plan
national et européen. La première étape de son action consistera en
la réalisation du programme d'urgence que nous développerons au
point 5 et au point 10. |
| Deuxième
proposition : |
adapter la
gestion et l'exploitation des chantiers pour améliorer leur
productivité et assurer leur disponibilité. |
| Troisième
proposition : |
encourager les
coopérations et les alliances des opérateurs français de transport
combiné, dans un système européen en voie d'intégration et de
concentration. |
| Quatrième
proposition : |
fixer, à
l'occasion de la transposition dans le droit français des directives
européennes relatives à l'usage des infrastructures, les principes
de priorité à accorder au transport combiné dans l'affectation des
sillons. |
| Cinquième
proposition : |
identifier les
investissements de capacité du réseau ferroviaire nécessaires à la
croissance du trafic combiné et la part de leur montant qu'il est
justifié d'imputer à cette activité par rapport aux autres trafics
ferroviaires ; engager sans délai les études et les travaux
subséquents concernant les projets les plus
urgents. |
| Sixième
proposition : |
élaborer une
convention entre l'Etat et la SNCF associant des aides publiques à
la réalisation d'objectifs chiffrés d'une croissance ambitieuse du
transport combiné. |
| Septième
proposition : |
préconiser
l'établissement de contrats entre gestionnaires de chantiers,
opérateurs, entreprises ferroviaires et clients (chargeurs), fondés
sur des engagements réciproques de volume et de qualité de service
et assortis de mécanismes financiers responsabilisant chaque
partenaire, notamment de clauses de pénalité en cas de manquement
aux engagements. |
| Huitième
proposition : |
faciliter
l'accès des petites entreprises routières au transport combiné en
encourageant la coopération et les
regroupements. |
| Neuvième
proposition : |
distinguer les
chantiers intermodaux des plates-formes logistiques dans la
définition des projets et dans leur financement tout en favorisant,
si il y a lieu, leur complémentarité ; insérer ces chantiers dans la
logique et la dynamique des schémas de services, prévus dans le
projet de loi pour l'aménagement durable du territoire, dans les
schémas régionaux et dans les plans d'urbanisme et de déplacements
urbains, notamment en Ile de France ; veiller à la cohérence du
dispositif avec la politique européenne
correspondante. |
| Dixième
proposition : |
définir, au
delà de la convention prévue au point 6, des principes stables pour
l'intervention financière de l'Etat, qui devront se concentrer sur
l'usage de l'infrastructure et sur le financement des
chantiers. |
| Conclusion |
|
| Rapport
principal |
|
|
1
- Glossaire préalable |
|
2
- Objectifs de la mission |
|
3
- Conditions de développement du transport
combiné |
|
4
- Diagnostic |
|
5
- Recherche de solutions |
|
Annexes |
La mission qui nous a été confiée par le
Ministre de l'Equipement, des Transports et du Logement vise à définir les
conditions d'un développement durable du transport combiné ; l'objectif
poursuivi dans ce rapport est donc d'inventorier l'ensemble des moyens par
lesquels la coopération des divers modes de transports terrestres peut se
renforcer et favoriser une meilleure efficacité économique, sociale et
environnementale pour satisfaire les besoins de transport de marchandises
entre les divers points du continent européen. Tous les modes sont
concernés : le rail, la voie d'eau et même la mer (cabotage) pour le
parcours intermédiaire et, bien entendu, la route pour les acheminements
terminaux. Les services assurés concernent aussi bien les parcours
terrestres des acheminements intercontinentaux, les transports intérieurs
à la France, les exportations et les importations au sein de l'Union
Européenne ainsi, bien sûr, que le transit, par la France, des échanges
entre deux autres pays. Près de 70 % du transport combiné traite,
d'une façon ou d'une autre, un trafic international.
Chacun s'accorde à penser que le
transport combiné présente des avantages importants, au plan de l'optimum
collectif, par rapport au transport routier de bout en bout, lorsque la
distance de transport est suffisante. Le projet de loi sur l'aménagement
durable du territoire actuellement en discussion le rappelle ;
parallèlement, les engagements de Kyoto renforcent la pertinence de ce
jugement. La route est très souvent nécessaire pour les parcours
terminaux, car elle seule permet une grande finesse de desserte : une ou
deux ruptures sont ainsi inévitables et le remplacement du transport
routier par un autre mode ne s'entend donc qu'au delà d'un kilométrage
total que l'on estime à quelque 500 kilomètres, même si cette évaluation
dépend des conditions concrètes de transport entre les deux extrémités.
Nous verrons dans le corps du rapport
toutes les nuances qu'il convient d'apporter à ce jugement global. Il
suffit pour l'instant d'en accepter le principe, qui est d'ailleurs
universellement adopté dans les pays développés où le problème se pose, et
depuis longtemps puisque l'on en trouve mention dans les discours
politiques dès les années 60. De nombreuses politiques ont été ainsi
annoncées pour promouvoir l'intermodalité et des moyens importants ont été
mis en oeuvre pour ce faire. Nombreuses également sont les missions et les
études qui ont analysé les composantes de ce dossier et qui se sont
traduites par des actions souvent spectaculaires. Les résultats de ces
politiques se sont progressivement mis en place, à tel point que, dans les
deux dernières années, le trafic terrestre du transport combiné a augmenté
de 25 %, pour ce qui concerne le chemin de fer. Ce dernier occupe une
place privilégiée dans notre pays, compte tenu du faible développement du
réseau fluvial à grand gabarit et de la géographie des côtes françaises
pour le cabotage maritime.
De ce fait, on aurait pu s'interroger
sur la pertinence d'une nouvelle mission, d'autant qu'un précédent rapport
sur le sujet, rédigé par M. Marc-Philippe Daubresse, avait traité
largement et précisément de la question. La raison en est simple : le
développement du transport combiné se trouve confronté, en cette fin du
siècle, à une crise de croissance en France et en Europe ; d'une activité
somme toute marginale, il est en passe de devenir, grâce à des efforts
multiples et soutenus, un mode de transport à part entière. En Europe, le
marché potentiel explose littéralement en raison de la mise en place du
marché unique européen et de la mondialisation de l'économie : au plan
global des transports de marchandises, les trafics intra-communautaires et
extracommunautaires croissent à un rythme accéléré et engendrent une
forte croissance de la demande de transport terrestre à moyenne et longue
distance, terrain privilégié pour le transport combiné. Ce développement
rapide se heurte ainsi à de nouvelles difficultés qui sont celles du
passage à la maturité dans un marché qui se diversifie et qui s'ouvre de
plus en plus à la concurrence. Par ailleurs, et ceci est plus spécifique à
la France, la reprise du trafic ferroviaire engendre des difficultés
importantes pour la circulation ferroviaire.
Les problèmes auxquels se heurte le
transport combiné sont multiples et seront développés dans le corps du
rapport. Disons pour schématiser qu'il s'agit essentiellement des
questions suivantes :
- la tarification routière est très
basse par rapport au régime général des prix en raison de données
structurelles (conditions de travail, insuffisante internalisation des
effets externes, rapports de force favorables aux chargeurs dans un
marché très dilué),
- le transport ferroviaire de
marchandises a une vitesse moyenne trop basse par rapport à la route et
trop incertaine. Par ailleurs il est subordonné aux trafics voyageurs
auxquels une priorité systématique est accordée.
- le transport combiné est fragile car
très sensible à la qualité de service puisque la route sait tout faire
et peut tout faire, que l'ensemble de l'économie fonctionne maintenant à
flux tendus et que, dans la pratique, la route, elle, accorde une
priorité au fret. Ainsi, les retards aléatoires du chemin de fer sont
très pénalisants pour ce système : un client se gagne lentement mais se
perd très rapidement !
- le transport combiné n'est pas le
fait d'une seule entité économique maîtrisant l'intégralité du système
mais d'une chaîne d'intervenants qui doivent coopérer pour assurer un
service de qualité. Ainsi cinq fonctions peuvent-elles être distinguées
: le gestionnaire d'infrastructure, le tractionnaire principal, les
gestionnaires de chantiers, les transports routiers terminaux et enfin
l'ensemblier qui organise la chaîne.
- le transport combiné a vu, grâce au
fort soutien des pouvoirs publics, son trafic augmenter très
sensiblement ces dernières années ; de ce fait, les chantiers les plus
dynamiques sont en voie de saturation.
- le transport combiné, pour être
vraiment performant, doit être ì massifié î. Pour ce faire, il doit
poursuivre deux objectifs souvent contradictoires : concentrer les
trafics tout en desservant de façon fine la zone d'achalandage.
Le rapport explicitera ces points à
partir de l'analyse des données connues à l'heure actuelle et donnera, de
ce fait, les raisons pour lesquelles nous avançons les dix propositions
qui vont suivre. Celles-ci constituent un programme d'action cohérent pour
les partenaires concernés et sont, selon nous, nécessaires pour assurer un
développement durable du transport combiné, c'est-à-dire un développement
qui s'inscrive dans une perspective économique, sociale et
environnementale équilibrée.
De façon générale, on pourrait objecter
que le secteur des transports fait partie du secteur marchand et qu'ainsi
il ne justifie pas une intervention de l'Etat. Il ne le fait que du fait
de l'organisation actuelle du marché. L'objectif doit toutefois être clair
: faire en sorte que l'Etat puisse se retirer progressivement du système.
La volonté est affichée en effet, au plan national et européen, de faire
en sorte que le marché des transports de marchandises s'assainisse et
qu'ainsi la sous tarification de cette activité s'estompe progressivement
; alors cessera la justification d'interventions régulatrices de pouvoirs
publics. On sait toutefois que cet objectif ne sera malheureusement
atteint que très progressivement. Pour des raisons tenant au développement
durable de la société, la puissance publique (Etat et Union Européenne)
devra donc encore intervenir un certain temps.

Prévision scénario horizon 2020.
Du doc, PDF:rapport_eqgo.pdf
| Première proposition :
instaurer, dans le cadre de
Réseau Ferré de France, une structure chargée du développement des
chantiers intermodaux, afin de mettre en oeuvre une politique
cohérente d'investissement et de coopération au plan national
et européen. La première étape de son action consistera en la
réalisation du programme d'urgence que nous développerons au point 5
et au point 10. |
 |
Réseau Ferré de France est propriétaire
de l'ensemble des infrastructures ferroviaires et donc en particulier des
chantiers de transport combiné. Cette activité présente toutefois, par
rapport à l'ensemble des problèmes de cet établissement public, un
caractère relativement marginal. C'est pourquoi il est souhaitable qu'une
autonomie soit accordée à cette fonction aussi bien au plan du financement
du développement que du suivi des opérations. Cette autonomie nécessaire
peut prendre diverses formes allant d'une simple individualisation interne
à une filialisation avec d'autres participations. Il est certain, par
ailleurs, que sans une intervention pressante de l'Etat cette activité de
gestionnaire d'infrastructures de chantiers ne peut assurer, dans les
années qui viennent, un retour sur investissement raisonnable. C'est
pourquoi la structure à mettre en place, pour qu'elle puisse être le
support d'une politique spécifique dynamique et tournée vers des objectifs
de développement durable, ne peut être indépendante d'une intervention
publique.
En tout état de cause, la propriété de
l'infrastructure des chantiers doit, pour les chantiers publics et pour le
proche avenir, rester à RFF. Mais l'instance autonome préconisée devrait
être en mesure de mener la politique d'un maître d'ouvrage coordonnateur ;
on peut, en effet, souhaiter que des contrats soient passés avec des
collectivités, par exemple dans le cadre des contrats de plan Etat /
Région. Cette instance devrait être ainsi responsable de la gestion des
subventions de l'Etat en faveur des chantiers. Bien entendu, deux
exceptions seront faites, dans le cas du combiné fluvial pour lequel ce
rôle d'agent coordonnateur public devrait être tenu par Voies Navigables de
France (VNF) et pour ce qui concerne les ports maritimes.
Il convient donc de demander à RFF de
proposer une stratégie de développement des chantiers intermodaux
permettant de conduire une politique cohérente d'investissement et de
coopération au niveau européen et ainsi de mettre en place les structures
et les outils pour la mettre en oeuvre ; des adaptations des textes
réglementaires seront sans doute nécessaires pour cela.
| Deuxième proposition
:
adapter la gestion et
l'exploitation des chantiers pour améliorer leur productivité et
assurer leur disponibilité. |
 |
Les chantiers rail - route sont
actuellement gérés, en France, par deux opérateurs, CNC ou Novatrans ;
certains de ces chantiers sont partagés, d'autres sont d'utilisation
exclusive. Bien entendu, une certaine souplesse permet, lorsque cela se
révèle nécessaire, une coopération entre les deux entreprises et avec
d'autres opérateurs dans certains cas spécifiques. Par ailleurs, quelques
implantations à l'étranger comme à Novare sont à signaler. Ce système a
bien fonctionné jusqu'à présent, même si certaines inadéquations peuvent
être signalées, comme des inégalités dans l'utilisation de chantiers
voisins ou de cours voisines.
Pour assurer la nouvelle étape de
développement et compte tenu de l'apparition de nouveaux opérateurs, il
convient de s'orienter maintenant vers une gestion unifiée de chaque
chantier public, avec un seul gestionnaire qui se verrait attribuer, par
l'instance préconisée au point 1, une concession régie par un cahier des
charges rigoureux. Bien entendu, il ne s'agira pas d'assurer une
disponibilité tout azimut sans réciprocité. Les nouveaux chantiers (et
progressivement les anciens) pourraient être ainsi gérés soit par les
opérateurs actuels, soit par des groupements associant d'autres
partenaires. Ils pourraient, compte tenu d'un régime financier à établir,
se constituer en entreprise et louer leurs services. Ils devraient (le
moment venu) payer un loyer à l'instance préconisée au point 1 et
pourraient bénéficier de subventions pour leurs équipements. L'égalité de
traitement, dans le cadre de contrats à plus ou moins long terme, serait
la règle pour l'ensemble des opérateurs. Il conviendra donc d'obtenir des
garanties pour que la réciprocité de l'accès soit assurée sur l'ensemble
de l'espace européen.
Les ports remplissent d'ores et déjà des
fonctions intermodales équivalentes ; compte tenu de leur importance
stratégique, ils devront continuer à recevoir des aides pour l'équipement
de leurs installations.
Ainsi, la mission confiée à RFF au point
1 doit être complétée par l'examen de la mise en place progressive (au
moins pour les nouveaux chantiers) d'un tel dispositif.
Nous verrons plus loin qu'un moratoire
de quelques années est souhaitable en ce qui concerne la tarification de
ces infrastructures dans le cadre des conventions que l'Etat devra
négocier avec les intervenants.
| Troisième proposition :
Encourager les coopérations
et les alliances des opérateurs français de transport combiné, dans
un système européen en voie d'intégration et de
concentration. |
 |
Le secteur du fret ferroviaire est entré
dans une phase de restructuration profonde et d'internationalisation. Deux
annonces particulièrement spectaculaires viennent d'être faites à ce sujet
: les regroupements parallèles des frets ferroviaires néerlandais et
allemands d'une part, suisses et italiens d'autre part. Ainsi, dans le
cadre de la politique instaurée au plan européen notamment par les
directives 91.440, 95.18 et 95.19, les grandes manoeuvres ont commencé. Il
est clair, pour de nombreux observateurs, que le monde des opérateurs
européens de transport combiné jouera un rôle décisif pour l'avenir du
fret ferroviaire dans les années qui viennent, et qu'une concentration
progressive de ces opérateurs en trois ou quatre pôles concurrents est
prévisible.
La place de la France est centrale et
une stratégie nationale doit se développer ; plusieurs directions peuvent
être envisagées a priori : soit un rapprochement des deux opérateurs
français avec leurs homologues des pays voisins, chacun dans sa
spécialité, soit un rapprochement entre eux deux. Le premier est déjà
amorcé par l'un et par l'autre et s'inscrit bien dans la spécificité du
marché actuel. Le second permettrait, grâce à des alliances ou des
participations avec d'autres européens de constituer, en utilisant notre
position stratégique de pays de transit, un point d'ancrage par rapport
aux regroupements concurrents. Ce rapprochement se heurte à plusieurs
difficultés : d'abord la culture de ces deux entreprises qui, au long de
leur existence, s'est constituée autour de pratiques et de conditions de
travail différentes ; d'autre part, Novatrans est une entreprise du monde
routier qui s'est constituée à l'écart de la SNCF (même si une part
importante de son capital est la propriété des filiales de la Société
nationale) et a acquis de ce fait une certaine indépendance, alors que la
CNC, à tort ou à raison, est considérée comme une des excroissances de la
SNCF (son capital est en effet principalement ferroviaire). Par ailleurs,
la clientèle de CNC est constituée presque exclusivement de chargeurs et
elle est donc plus ou moins en concurrence avec les clients de Novatrans,
qui sont les routiers.
Malgré ces problèmes, il n'en est pas
moins indispensable pour constituer un ensemble permettant d'accompagner
le développement du transport combiné et d'assurer au pavillon français
une place substantielle. Il implique à l'évidence des adaptations
organisationnelles importantes et notamment une évolution sensible du
statut de la CNC et de ses rapports avec la S.N.C.F.
Il y a ainsi, pour la fonction
d'organisateur du transport combiné, un choix stratégique délicat et
complexe à faire mais il est absolument nécessaire de ne pas attendre, car
les autres acteurs ont commencé à prendre position.
| Quatrième proposition
:
Fixer, à l'occasion de la
transposition dans le droit français des directives européennes
relatives à l'usage des infrastructures, les principes de priorité à
accorder au transport combiné dans l'affectation des
sillons. |
 |
La qualité de service du transport
combiné est une des conditions essentielles pour assurer sa pérennité et
son développement. Or il utilise sur la plus grande partie de son parcours
des infrastructures ferroviaires utilisées aussi par au moins cinq autres
familles de trafics, plus intéressantes à certains points de vue pour
l'opérateur principal qu'est la SNCF, chargé pour le compte de RFF de
l'exploitation du réseau. RFF a bien entendu son mot à dire,
principalement pour permettre le passage des autres opérateurs (étrangers
en principe) mais, pour ce qui concerne les trafics assurés par la SNCF,
c'est à cette dernière de décider des horaires, des priorités en cas de
retard, etc.
Les autres trafics ont, en effet, la
caractéristique d'être des activités dont la SNCF assure l'ensemble de la
gestion : pour les trains à grande vitesse, les trains de grandes lignes,
les trains express régionaux, les trains de banlieue, les trains complets
de marchandises (qui desservent par navettes les grandes entreprises) et
les wagons isolés, la SNCF est un transporteur à part entière assurant
notamment la fonction commerciale. Pour le transport combiné, elle n'est
que tractionnaire et cela se traduit dans le chiffre significatif suivant
: le combiné assure maintenant 26 % du trafic de marchandises de la SNCF
tandis qu'il ne lui procure que 12 % de ses recettes, alors qu'il s'agit
pourtant de transport de marchandises assez chères. La SNCF a ainsi peu
d'espoir de réaliser des marges substantielles et est donc
structurellement peu motivée pour donner une priorité à ce nouveau mode,
même si c'est certainement pour le chemin de fer la chance la plus grande
de voir son trafic de marchandises s'accroître. Par ailleurs, les régions
sont souvent très motivées pour le développement des TER et ont les moyens
de leurs ambitions.
Ce n'est bien entendu pas à l'Etat de
décider de l'utilisation des sillons ou des corridors et d'en donner les
conditions pratiques d'utilisation mais, comme les textes le prévoient, il
peut et doit clairement indiquer des priorités générales. Celles-ci ne
pourront bien entendu pas être ici directement traduites en dispositions
concrètes, mais fixeront globalement la politique à suivre. L'Etat ne peut
pas totalement abandonner l'utilisation des infrastructures qui sont un
bien public aux lois du marché, car il est évident que dans cette phase de
l'histoire des transports, marquée par des prix routiers très bas et par
des volontés politiques de collectivités de développer certains transports
(tout à fait légitimement d'ailleurs), d'autres trafics peuvent être plus
directement rémunérateurs aussi bien pour RFF que pour la SNCF. Il serait
du reste paradoxal, d'une part, qu'une technique très bien placée au plan
du développement durable ne puisse s'épanouir et que, d'autre part, selon
un mécanisme pervers, les opérateurs ferroviaires étrangers soient un
jour, grâce à l'intervention de RFF, privilégiés par rapport à ceux qui
utilisent la traction de la SNCF.
Ainsi, avant la fin de 1998, l'Etat doit
fixer des règles générales sur l'allocation des sillons qui permettent de
réserver aux trains de fret, et donc en particulier aux trains de
transport combiné, des capacités garanties sur les axes les plus
importants au regard de son développement. Ces règles seront, bien
entendu, cohérentes avec la politique européenne des corridors qui offre
un cadre pertinent à la coopération des réseaux et des opérateurs. Tous
les agents économiques du transport combiné devront, comme il se doit,
être associés à la définition de ces règles générales et à leur
adaptation.
| Cinquième proposition :
Identifier les
investissements de capacité du réseau ferroviaire nécessaires à la
croissance du trafic combiné et la part de leur montant qu'il est
justifié d'imputer à cette activité par rapport aux autres trafics
ferroviaires ; engager sans délai les études et les travaux
subséquents concernant les projets les plus
urgents. |
 |
Un premier frein au développement du
transport combiné est une saturation des voies de chemin de fer en
certains points-clés. La ligne n'est pas forcément saturée au sens propre
du terme mais les limites de sa capacité entraînent de grands aléas
lorsque le moindre incident se produit. Cinq secteurs sont
particulièrement en cause : la grande ceinture parisienne, la traversée de
Lyon, la zone de la Maurienne, les traversées de Nîmes et de Montpellier
et l'accès au nord de la gare de Bordeaux. Les raisons de cette situation,
qui s'aggrave avec la reprise du trafic, tiennent pour l'essentiel (en
dehors de la grande ceinture) au passage de différentes circulations à des
vitesses différentes et à la priorité accordée aux trains de voyageurs.
Tous ces problèmes sont bien connus des
différents intervenants mais des incertitudes subsistent, tant sur les
solutions à apporter dans chaque cas que sur les circulations responsables
des engorgements ou enfin sur les projets futurs à prendre en compte
(existence ou non d'une future ligne nouvelle de TGV par exemple, ou d'une
nouvelle desserte de banlieue comme la tangentielle nord de Paris).
Certains préconisent une stratégie très
offensive à ce sujet : il conviendrait de constituer, dans les secteurs
critiques, des infrastructures dédiées aux marchandises (comme sur la rive
droite du Rhône) ce qui permettrait des circulations plus fluides et des
coûts moindres en termes de construction et d'exploitation (notamment pour
des raisons de sécurité). On cite notamment la rocade nord de Paris par
Amiens, la ligne Tours / Bordeaux par Saintes, la liaison Béziers /
Clermont-Ferrand et les contournements d'agglomération à Nîmes et
Montpellier. Par ailleurs et pour ce qui concerne le secteur très
important de la Maurienne, pour le trafic avec l'Italie, le rapport
ì Brossier î propose des solutions qui sont à prendre en
compte.
Ces opérations méritent une analyse
approfondie sans a priori, afin d'apprécier leur rentabilité globale ;
elles doivent être envisagées dans le cadre d'une stratégie européenne de
constitution d'un réseau de fret de qualité.
Des études sont bien entendu engagées
pour élaborer des solutions et trouver des financements, mais elles
devraient être accélérées, car tous ces problèmes sont urgents. On connaît
la longueur des procédures et des travaux. Il faut donc anticiper, comme
on l'a fait pour les trains à grande vitesse, si l'on ne veut pas être
amené à des solutions drastiques. Il convient donc de demander à RFF de
faire un point précis des urgences et des projets afin que le gouvernement
puisse prendre des décisions et trouver les financements pour des
opérations qui sont sans doute d'une rentabilité économique, sociale et
environnementale largement égale à celle d'autres infrastructures, même si
elles sont moins populaire. Cette mission devrait être conduite d'ici à
la fin de cette année et conclure pour chacun de ces goulots
d'étranglement.
| Sixième proposition :
élaborer une convention
entre l'Etat et la SNCF associant des aides publiques à la
réalisation d'objectifs chiffrés d'une croissance ambitieuse
du transport combiné. |
 |
Comme nous l'avons souligné plus haut,
un des freins principaux au développement du transport combiné est la
qualité imparfaite du service offert par l'opérateur ferroviaire. Pour que
l'ensemble de la SNCF joue un rôle dynamique de partenaire dans ce
développement alors qu'elle n'est qu'un partenaire parmi d'autres, il faut
que, tant que le marché des transports de marchandises est ce qu'il est,
elle y trouve un intérêt, ce qui n'est pas le cas pour l'instant puisque
l'activité correspondante est déficitaire. Certes, la subvention spéciale
provenant du FITTVN est fondée sur des objectifs de trafics nouveaux mais
ce dispositif n'est pas très clair.
C'est pourquoi, il semble très
souhaitable qu'une nouvelle convention entre l'Etat et la SNCF soit
établie de façon transparente. Elle doit fixer les conditions d'une aide
durable de l'Etat à la SNCF avec, en contre partie pour celle-ci, un
engagement chiffré d'augmentation du trafic. Il faut que ce système
permette une véritable motivation de tous les intervenants ferroviaires et
que, de ce fait, la progression des acheminements de transport combiné
devienne un véritable enjeu collectif et financier au sein de
l'entreprise. L'Etat n'a pas, bien entendu, à se mêler de la gestion de
l'entreprise, mais il doit fixer au nom de la collectivité l'objectif
qu'il paraît nécessaire d'atteindre en échange d'un engagement financier
durable.
Bien entendu, le résultat ne dépend pas
uniquement de l'entreprise mais également du contexte économique et de
l'action des autres partenaires ; le contenu précis des engagements de
l'un et de l'autre dans la convention devra donc être lié à des paramètres
externes et notamment au développement économique. L'objectif doit être
plutôt une augmentation des parts de marché qu'un accroissement des
trafics dans l'absolu. Mais les dotations publiques seront soumises à
conditions et devront être telles que l'entreprise, si elle respecte ses
engagements, disposera pour cette activité de marges suffisantes mais que,
dans le cas contraire, les sommes en cause ne lui seraient pas versées.
Cette participation de fonds publics sous condition devrait être maintenue
tant que la politique européenne des transports n'aura pas obtenu les
résultats escomptés en matière de rapprochement des conditions de
concurrence. Un dispositif d'arbitrage concernant l'atteinte ou non des
objectifs devra être ainsi prévu ; ce rôle pourrait être rempli par
exemple par le Conseil supérieur du service public ferroviaire.
Dans cette optique, il est souhaitable
que le groupe SNCF élabore une stratégie de développement de ses
prestations dans le transport combiné précisant ses engagements et ses
objectifs en termes de croissance et de parts de marché et qu'il définisse
l'organisation à mettre en place pour la réaliser. Pour ce faire un audit
interne sur les coûts réels des diverses prestations serait très
utile.
| Septième proposition :
Préconiser l'établissement
de contrats entre gestionnaires de chantiers, opérateurs,
entreprises ferroviaires et clients (chargeurs), fondés sur des
engagements réciproques de volume et de qualité de service et
assortis de mécanismes financiers responsabilisant chaque
partenaire, notamment de clauses de pénalité en cas de manquement
aux engagements. |
 |
Parallèlement à la convention
contractuelle Etat / SNCF, il est très souhaitable que les relations entre
les autres intervenants soient également clarifiées. L'Etat n'a pas de
leçons à donner aux entreprises concernées mais, dans la mesure où il
prend des engagements durables en faveur de cette activité, il peut
demander que les autres partenaires fassent ce qu'il faut pour que
l'ensemble de la chaîne des responsabilités soit soudée par des
engagements contractuels qui la dynamisent.
Ainsi, ces conventions multilatérales
devraient porter sur des principes de fiabilité et de qualité aussi bien
pour la traction ferroviaire (ou la desserte fluviale qui pose moins de
problèmes sur le réseau existant, non saturé) et la disponibilité de
matériels de bonne qualité (barges, wagons et caisses), que sur la
productivité des chantiers ou des ports maritimes, ainsi que sur les
acheminements terminaux et les délais d'attente aux chargements et aux
déchargements. La contrepartie financière de ces engagements peut prendre
plusieurs formes, mais elle devrait être très significative, à l'image de
ce que fait la SNCF à l'égard des voyageurs. Chaque maillon du dispositif
serait ainsi vraiment motivé pour donner la meilleure fiabilité possible à
l'ensemble du système.
Pour mettre en place et suivre ce
dispositif, il est préconisé de recourir à un organisme du type de celui
qui existait avant la mise en place du Conseil du transport combiné, à
savoir la petite structure regroupant les acteurs principaux : SNCF, RFF,
CNC et NOVATRANS, GNTC, Ports du Havre et de Marseille. Une autre
structure parallèle pourrait être également instaurée pour ce qui concerne
le transport fluvial même si le problème, pour ce volet du transport
combiné, ne se pose pas avec la même acuité.
De ce fait, le Conseil du transport
combiné, moins opérationnel mais plus politique et uniquement consultatif,
pourrait s'intégrer dans les structures du Conseil National des Transports
dont la mission principale est justement l'intermodalité.
| Huitième
proposition :
Faciliter l'accès des
petites entreprises routières au transport combiné en
encourageant la coopération et les
regroupements. |
 |
Il est certain que le transport combiné,
puisqu'il implique par définition la mise au point d'une organisation
logistique relativement complexe, pose des problèmes aux petites
entreprises routières, dans la mesure où celles-ci ne peuvent être, dans
de nombreux cas, implantées aux deux extrémités du parcours. Certaines
d'entre elles participent de façon significative au système comme
tractionnaires de CNC mais n'ont pas, dans ce cas, la maîtrise du
transport global, ni de sa commercialisation.
On sait que le transport à longue
distance est souvent assuré par de telles entreprises qui forment, sur ce
marché, un fort potentiel pour l'avenir. Il est donc très souhaitable de
faire en sorte qu'elles puissent accéder au service rendu par NOVATRANS ou
par d'autres.
Trois obstacles peuvent être répertoriés
: la difficulté du rapprochement des entreprises agissant dans des zones
lointaines pour que les unes puissent assurer les transports terminaux des
autres ; la gestion difficile du parc de caisses ; les déséquilibres de
trafics (nord - sud par exemple) qui sont plus facilement gérés par des
entreprises plus importantes qui peuvent faire des acheminements
triangulaires réduisant les parcours à vide.
Pour limiter ces difficultés, il faut
donc opérer des rapprochements qui peuvent prendre diverses formes, de la
coopérative à la constitution de pôles de gestion communs ou de bourse
d'échanges. Il n'est évidemment pas dans notre propos de préconiser telle
ou telle solution ; celles-ci dépendent des domaines d'activités et des
sensibilités des uns et des autres.
Cette volonté de l'Etat (et de l'Union
Européenne d'ailleurs) doit être affichée et se concrétiser en ouvrant la
possibilité, dans certaines conditions précises définies dans un cahier
des charges, d'aides au démarrage de telles associations de transporteurs
indépendants. Une enveloppe budgétaire doit ainsi y être consacrée. Sans
doute faudra-t-il commencer par quelques expériences sectorielles. Le
démarrage d'une telle démarche est de la responsabilité de NOVATRANS qui,
en relation avec les organisations professionnelles, est en effet bien
placée pour aider à ce type de rapprochement.
| Neuvième
proposition :
Distinguer les chantiers
intermodaux des plates-formes logistiques dans la définition des
projets et dans leur financement tout en favorisant, si il y a
lieu, leur complémentarité ; insérer ces chantiers dans la logique
et la dynamique des schémas de services, prévus dans le projet de
loi pour l'aménagement durable du territoire, dans les schémas
régionaux et dans les plans d'urbanisme et de déplacements urbains,
notamment en Ile de France ; veiller à la cohérence du dispositif
avec la politique européenne
correspondante. |
 |
Il y a en France un certain nombre de
chantiers rail-route et au moins cinq ports fluviaux qui ont un trafic
significatif (Strasbourg, Paris, Mulhouse, Lyon, et Lille). Les premiers
ont été implantés en fonction des disponibilités de terrain de la SNCF et
dans les zones où le trafic le justifiait. Ils sont donc souvent en centre
ville (ou presque) et posent de ce fait des problèmes de circulation pour
eux-mêmes et pour la circulation générale.
Il faut considérer que l'implantation
optimale d'un chantier doit souvent répondre à des objectifs
contradictoires :
- une bonne desserte par voie ferrée et
par autoroute ; ainsi les triages ferroviaires sous-utilisés offrent-ils
des périmètres souvent intéressants.
- une dimension suffisante pour
permettre le chargement de trains aussi longs que possible ;
- une concentration suffisante de
trafic pour engendrer des trains aussi directs que possible avec les
diverses destinations ;
- une minimisation des trajets de
desserte en zone urbanisée, car rien ne sert de transférer un transport
d'une autoroute en rase campagne sur le chemin de fer ou une voie d'eau
si cela revient à accroître d'une façon ou d'une autre le trafic de
camions en milieu urbain.
D'un certain côté donc mieux vaudrait
implanter plusieurs petits chantiers bien situés au centre de gravité des
zones d'achalandage que constituer une grande plate-forme forcément située
à l'extérieur du périmètre urbanisé. Si la grande plate-forme logistique,
plurimodale et organisée rationnellement est théoriquement intéressante,
elle ne minimise pas, sauf exception, les déplacements urbains pour la
desserte terminale du transport combiné.
Ainsi, le chantier rail-route a sa
propre logique car ce n'est qu'un lieu d'échanges entre deux modes dont il
conviendrait d'optimiser l'emplacement en tenant compte des divers
facteurs déjà identifiés.
De fait, ces considérations sont d'une
application limitée, car les choix qui restent à faire pour le futur
proche sont réduits. Au plan du schéma de services prévu dans le projet de
loi d'orientation et d'aménagement durable du territoire, des choix
subsistent uniquement en région parisienne et dans la zone du delta du
Rhône. Les sites d'implantation de chantiers des cinq prochaines années
sont, en effet, pratiquement choisis partout même si le contenu concret
des programmes peut encore être amélioré.
En Région parisienne, il reste à prévoir
l'avenir dans l'ouest: en effet, dans les secteurs nord et est, les choix
sont faits : à Saint-Mard, à Vaires et à Valenton II. Par contre, dans la
grande couronne ouest, entre La Chapelle et Rungis, il n'y a aucun projet
en dehors du Port de Gennevilliers qui présente de nombreux avantages mais
dont il conviendrait d'assurer une desserte ferroviaire
convenable.
Dans le Delta du Rhône, le projet de
Grans-Miramas est lié à celui d'une plate-forme logistique. Les opérateurs
estiment que son emplacement est mal adapté au ferroutage. La question
doit donc être réexaminée non pour la plate-forme logistique mais pour le
chantier rail-route.
Notre proposition revient donc à
confirmer, au niveau des choix généraux, les implantations prévues à
l'heure actuelle, en abandonnant la hiérarchisation distinguant les
chantiers d'importance européenne et les autres : tous ont et auront un
trafic de nature européenne et il faut comprendre que les chantiers ne
sont que des points techniques de passage qui doivent être adaptés aux
besoins. Notre mission ne concernait pas les plates-formes logistiques
pour lesquelles la démarche d'aménagement est fort différente. Bien
entendu, si les circonstances font (comme à Saint-Mard et à Dourges et
peut-être à Grans-Miramas) qu'il est possible de rapprocher un chantier
intermodal et une plate-forme logistique, il n'y a aucun inconvénient à
joindre les deux opérations.
Toutes ces considérations devront être
prises en compte, en concertation avec les régions, dans l'élaboration du
schéma de services des transports de marchandises qui va se développer
dans l'année qui vient. Bien entendu, le rôle essentiel des terminaux
portuaires dans le dispositif devra être mis en valeur à sa juste
place.
| Dixième
proposition :
Définir, au delà de la
convention prévue au point 6, des principes stables pour
l'intervention financière de l'Etat, qui devront se concentrer sur
l'usage de l'infrastructure et sur le financement des
chantiers. |
 |
En ce qui concerne les chantiers, un
plan de cinq ans d'opérations urgentes est à décider rapidement. D'ores et
déjà, quatre chantiers doivent être construits aussi rapidement que
possible: à Lomme près de Lille pour décharger le site de Saint-Sauveur
complètement saturé, à Valenton II et à Vaires dans l'est parisien et
enfin à Avignon Champfleury puisque le chantier actuel en est à refuser
des clients ! Toutefois, l'accès routier prévu pour ce dernier site mérite
un réexamen. Au delà de ces urgences extrêmes, plusieurs ì petites î
opérations sont à mener dans les prochaines années si l'on ne veut pas
voir le système se congestionner complètement. Les projets correspondants
sont en cours de mise au point : il s'agit principalement du site du
Cannet à Marseille, de Montpellier, de Perpignan et de Bayonne. On
comprend l'importance de ces deux dernières opérations quand on se
rappelle l'augmentation du trafic de transit avec l'Espagne. Pour mener à
bien ces opérations dans des délais raisonnables, une enveloppe globale de
500 MF sur 5 ans doit être programmée.
Parallèlement, l'Etat s'est engagé pour
trois grandes opérations qui ont une dimension d'aménagement d'importance
européenne plus qu'une fonction technique, du seul point de vue du
transport ; leur intérêt n'est pas en cause mais il ne faut pas les
considérer comme un maillon essentiel du dispositif de transport combiné.
Il s'agit de Dourges au sud de Lille qui complétera au plan de la desserte
globale de l'agglomération, le futur chantier de Lomme dans la périphérie
Sud ; il viendra compléter le port de Lille et permettra de disposer pour
l'aménagement urbain du site de Saint Sauveur, situé en plein centre de la
métropole. Il s'agit ensuite du site de Saint-Mard, à l'Est de Roissy,
très bien desservi par le fer et la route même si sa distance aux zones de
chargement et de déchargement est pour l'instant un peu importante. Il
s'agit enfin du chantier de Hourcade à Bordeaux qui remplacera pour des
raisons d'urbanisme les chantiers actuels, situés trop près du centre
ville. Pour la mise en oeuvre de ces projets et vu du strict point de vue
de l'efficacité du système de transport combiné, il nous semble justifié,
en termes de rentabilité économique et sociale, de ne pas dépasser 200 à
250 MF par opération. Compte tenu des délais et des urgences, il nous
paraîtrait ainsi justifié d'attribuer quelque 50 MF chaque année sur une
enveloppe spécifique.
Un programme particulier destiné à
favoriser l'utilisation du chemin de fer et de la voie d'eau pour la
desserte des terminaux portuaires de conteneurs doit être financé par
ailleurs de façon également prioritaire.
Globalement, il est donc nécessaire que
l'enveloppe du FITTVN consacrée aux investissements dans les chantiers
puisse, pendant les cinq ans qui viennent, être triplée (150 MF), mais
soulignons-le, il nous paraît nécessaire de bien séparer cette enveloppe
en deux parties, un tiers pour les opérations d'avenir, deux tiers pour
les ì petits chantiers î très urgents, car vitaux pour le développement du
combiné.
Par ailleurs, l'effort de l'Etat devrait
être également porté de façon durable sur les infrastructures ferroviaires
en direction de RFF : outre les investissements de capacité nécessaires et
qui ont été indiqués dans le point 5, un moratoire de cinq ans au moins
pourrait être décidé, concernant la tarification de l'usage de
l'infrastructure aussi bien en ce qui concerne le réseau que les
chantiers. Pour la voie d'eau, une même mesure pourrait être adoptée
plutôt que de subventionner l'exploitation des entreprises
fluviales.
§§§
Nous avons bien conscience que ces
propositions supposent un effort très substantiel de l'Etat mais il faut
rappeler que le transport combiné serait tout à fait rentable dans un
marché où le prix du transport de marchandises serait, dans tous les pays
d'Europe, à un niveau correspondant aux normes généralement admises dans
la plupart des autres secteurs de l'économie. Si les pouvoirs publics,
qu'ils soient nationaux ou européens, veulent corriger, suivant le jargon
des économistes, la non internalisation des coûts externes et les
inégalités des conditions de travail tout en sauvegardant de façon durable
la qualité de vie, cela mérite cet effort, qui demeure, toutes proportions
gardées modeste, par rapport à l'enjeu. Le montant de l'effort annuel
nécessaire ne peut être évalué à ce stade de façon précise, puisqu'il
dépend des choix à faire dans la convention entre l'Etat et la SNCF et des
investissements d'infrastructures qui seront choisis. On peut penser qu'il
s'agira globalement, d'un quasi doublement pendant une période de cinq
ans.
Bien entendu, cet ensemble de
propositions a l'ambition de former un tout cohérent et il ne suffit pas
que l'Etat fasse cet effort pour atteindre les objectifs : il faut aussi
que chaque intervenant se place dans une stratégie offensive, cohérente
avec les orientations et les décisions qui seront adoptées à la suite de
ce rapport.
§§§
Toute réflexion sur le transport
intermodal se heurte dès l'abord aux risques de confusion de vocabulaire.
Celui-ci s'est pourtant stabilisé, dans l'intérêt des responsables
politiques et des professionnels, sous l'impulsion d'organismes
internationaux tels que la CEMT (Conférence européenne des ministres des
transports).
Le transport de marchandises, dans ses
formes les plus simples, consiste à charger, acheminer, décharger une
marchandise directement d'un point de départ à un point d'arrivée. Les
techniques utilisées à cet égard se structurent en grands systèmes, qu'il
est convenu d'appeler des "modes" : mode routier, ferroviaire, maritime,
fluvial, aérien. On peut ainsi parler de transport unimodal.
Si une seule technique est utilisée,
elle peut d'ailleurs être choisie parmi plusieurs solutions : le marché du
fret est le plus souvent plurimodal, il met plusieurs modes en
concurrence.
Mais l'usage d'un seul mode d'un bout à
l'autre n'est pas toujours pertinent, quand il est techniquement possible.
On parle de transport multimodal quand la marchandise transportée emprunte
successivement, au long d'un seul acheminement de bout en bout, plusieurs
modes de transport. Le transport ne se compose plus d'un trajet simple,
mais forme une chaîne dont les maillons ressortissent à des modes
différents. Par exemple, la plupart des trafics utilisant l'avion sont
multimodaux, ils comprennent une traction routière, et parfois
ferroviaire, à chaque extrémité.
La coordination technique et
organisationnelle d'une chaîne multimodale peut demeurer traditionnelle,
segmentée par les ruptures de charge et les passages d'un mode à l'autre.
Elle peut aussi être plus intégrée en recourant à un matériel spécialement
conçu pour l'efficacité des transferts d'un mode sur l'autre. On parle
alors de transport intermodal (qui est donc un transport multimodal
recourant à des UTI « unités de transport intermodal : conteneur maritime,
caisse mobile ou certains types de semi-remorque » et à des engins de
manutention et de transport adaptés). Il existe deux sortes principales de
transport intermodal : le transport maritime de conteneurs et ses
prolongements terrestres d'une part ; le transport intermodal
intracontinental d'autre part. Pour ce dernier, la technique rail-route
est la plus fréquente, mais on utilise aussi la voie d'eau, voire le
cabotage maritime, le plus souvent complétés par la route.
Une des caractéristiques du transport
intermodal est donc, par comparaison au transport unimodal, sa complexité.
Ce handicap peut être surmonté, du point de vue économique, par des gains
de productivité sur le maillon central du transport à longue distance ; et
être justifié, du point de vue politique, par des avantages
socio-économiques intéressant la collectivité.
Complexité du transport
intermodal
Transport unimodal :

Transport combiné
:

Messagerie rail -
route :

Cliquez pour agrandir Toue l'image: complexites_transpintermod.jpg
Les pouvoirs publics ont depuis
longtemps observé que le transport intermodal peut contribuer, en
modifiant la répartition du fret entre les modes, à leur politique de
transport. Une chaîne de transport intermodal délibérément conçue pour
limiter le transport routier aux trajets terminaux de courte distance est
alors qualifiée de transport combiné, et à ce titre souvent
passible de soutiens publics ou d'avantages réglementaires particuliers.
Il est toutefois fréquent que, pour les acheminements terrestres, on
utilise indifféremment les termes "combiné" et "intermodal", sans
connotation politique.
Il reste que fixer pour objectif de
développer le transport combiné, c'est s'inscrire d'emblée dans une
perspective volontaire : l'intermodalité n'y est pas considérée seulement
dans son aptitude à satisfaire, selon les mécanismes du marché, les
objectifs et les contraintes des entreprises qui y participent, mais aussi
comme un moyen d'atteindre des objectifs politiques, prenant notamment en
compte les effets externes au marché du fret.
1 Développer le transport
combiné
Le transport intermodal occupe dans le
système de transport français et européen une place originale. Son
originalité est d'abord technique, puisqu'il combine plusieurs techniques
ó plusieurs modes ó de transport au lieu de les juxtaposer ou de les
mettre en concurrence. Originalité économique : plusieurs acteurs,
associés à tel ou tel segment de la chaîne d'acheminement, doivent ainsi
coopérer. Originalité politique : dans un contexte européen où coexistent,
de façon contradictoire, tendances à la libéralisation des marchés et
recherche d'un développement "durable" soucieux de préservation de
l'environnement, le transport combiné bénéficie du soutien déclaré de tous
les Etats membres de l'Union, qui y voient un substitut partiel au
transport routier de bout en bout pour les transports sur le
continent.
La politique française a montré, ces
dernières années, une certaine continuité en matière de transport combiné.
Des soutiens inédits, compatibles avec les orientations européennes, lui
ont été accordés par l'Etat au début des années quatre-vingt dix. Le
trafic a connu une nette croissance, mais cette croissance marque
maintenant le pas, alors même que la conjoncture économique est bonne et
que les trafics totaux de marchandises augmentent.
Le gouvernement français affirme
aujourd'hui sa volonté de s'appuyer sur le transport combiné pour mettre
en oeuvre une politique de transport attentive aux questions de sécurité,
d'environnement, d'aménagement du territoire, de conditions de travail,
d'efficacité économique et sociale. Pour concrétiser cette volonté, alors
que la simple prolongation des mesures antérieures perd de son efficacité,
il convient de rechercher de nouvelles conditions du développement du
transport combiné pour les années à venir. C'est l'objet de la présente
mission que de rechercher les voies de cette évolution, en procédant par
étapes :
- le développement du transport combiné
est d'abord analysé en présentant les éléments du système et son
évolution récente.
- le diagnostic identifie les causes
des difficultés rencontrées, les variables sur lesquelles agir.
- les solutions sont alors recherchées,
en distinguant les domaines d'intervention et les acteurs impliqués. Les
propositions, résumant les solutions sous forme d'objectifs précis, sont
alors énumérées.
- on peut enfin dessiner des
perspectives pour le système de transport ainsi projeté.
Transport combiné et politique des
transports
Le développement du transport intermodal
est un objectif politique qui fait, au plan des principes, consensus en
Europe et dans d'autres pays du monde. Les avantages pour la collectivité
en sont évidents, puisqu'en utilisant la voie d'eau ou le chemin de fer
pour les acheminements de longue distance tout en assurant les enlèvements
et les livraisons par la route, on allie les avantages de productivité et
de respect de l'environnement des modes lourds aux capacités de desserte
fine du territoire du mode routier.
Mais le transport combiné doit
s'inscrire dans un marché concurrentiel caractérisé, parmi les modes
terrestres, par la domination de la route, qui continue à améliorer sa
productivité et sa pression sur les prix. Les opérateurs engagés dans le
transport combiné (qu'ils soient des filiales des entreprises ferroviaires
ou appartiennent à la famille du ferroutage) doivent trouver les recettes
et les marges qui leur permettent d'investir, tout en rémunérant
convenablement leurs sous-traitants, ferroviaires ou fluviaux et, le cas
échéant, routiers. Les entreprises routières qui pratiquent le ferroutage
comme organisatrices de chaîne doivent trouver de bonnes raisons de
préférer celui-ci au transport routier de bout en bout, en termes de coûts
de production ou de respect plus facile de la réglementation sur les temps
de conduite. Quant aux chargeurs, même quand ils délèguent le choix de
leur solution de transport à un commissionnaire, ils recherchent à la fois
le prix et la qualité de service et, dans une certaine mesure, l'image du
respect de l'environnement.
Les conditions du développement du
transport combiné tiennent donc à la fois à son fonctionnement intrinsèque
et à son environnement.
L'environnement du transport combiné
relève du système global de transport et de la politique générale des
transports, dont le transport combiné n'est qu'un élément. Le transport
routier a montré sa grande efficacité dans l'accompagnement des évolutions
de l'économie, qu'il s'agisse de la croissance des trafics ou des
exigences de plus en plus fortes de rapidité, de fiabilité et de
flexibilité des services. Mais la croissance continue du transport routier
ne va pas sans poser, aux yeux des responsables politiques et des
citoyens, de graves problèmes liés aux nuisances, aux accidents, à la
congestion des infrastructures. La régulation du marché routier est
désormais un objectif européen de grande ampleur, jouant à la fois sur les
questions sociales, fiscales, de tarification des infrastructures, de
normes techniques, etc. Globalement, les changements nécessaires sur ces
divers aspects devraient contribuer à une hausse graduelle du prix du
transport routier, contrepartie d'une meilleure prise en compte de ses
coûts sociaux réels. La compétitivité des autres solutions de transport,
et notamment du transport combiné, s'en trouverait sensiblement renforcée.
C'est en référence à cette hypothèse de fond qu'il faut considérer les
propositions spécifiques au transport combiné présentées
ci-après.
Il serait toutefois tout à fait
illusoire de s'en remettre, pour développer le transport combiné, à un
improbable affaiblissement de ses concurrents. Des progrès propres sont
indispensables, à la fois techniques, organisationnels et commerciaux,
pour augmenter la productivité et améliorer la qualité des services
intermodaux. Si le transport combiné est constitué de chaînes, les efforts
doivent porter sur chacun des maillons et sur la coordination qui les
unit. Les propositions qui suivent touchent donc les structures de
production et de commercialisation des services, mais aussi les multiples
liens qui relient les agents économiques qui y prennent part. Il s'agit
d'établir des modes vertueux de fonctionnement, où la recherche de son
avantage propre par chaque partenaire, dans le respect du cadre ainsi
établi, contribue au développement du trafic combiné et à l'accroissement
des avantages collectifs.
Parmi les diverses catégories de
transport de fret, le transport combiné montre, depuis une dizaine
d'années, un dynamisme remarquable. Le transport combiné rail-route est le
seul segment du trafic ferroviaire à connaître une nette croissance. Le
combiné fluvial fait sortir la voie d'eau de ses spécialisations
traditionnelles dans les trafics de vracs lourds. Mais ce développement
semble erratique. Il dépend encore d'une volonté politique qui doit en
permanence être réaffirmée. Par exemple, les limitations suisses au
franchissement routier des Alpes, qui ont joué pour la croissance du
transport combiné européen un rôle primordial, pourraient un jour être
remises en cause. Commercialement non plus, le trafic combiné n'est jamais
acquis, car les chargeurs sont très sensibles à la fluctuation de la
qualité de service : toute dégradation se traduit, rapidement, par un
report sur la route.
3.1. Organisation des chaînes et
types d'opérateurs
Par construction, le transport
intermodal se compose de maillons distincts, reliés par des ruptures de
charge. L'enchaînement des opérations techniques dépend de la liaison à
effectuer (et notamment de son caractère terrestre ou maritime) et des
choix techniques retenus. Par exemple, on peut identifier des chaînes
terrestres associant le rail et la route ou la voie d'eau et la route. Les
chaînes intercontinentales peuvent comprendre un acheminement routier au
départ, un franchissement maritime, puis un transport ferroviaire ou
fluvial long sur le continent de destination complété d'une desserte
terminale routière. D'autres combinaisons, parfois plus complexes, sont
possibles.
Exemples de chaînes
intermodales





Cliquez pour agrandir Toue l'image: raperd_exempchainintermodale.jpg
Coût de production et
compétitivité
La longueur géographique des maillons
est bien sûr très inégale, le tronçon central (maritime, ferré ou fluvial)
représentant couramment plus des trois-quarts de la distance totale à
parcourir. Mais l'importance économique des maillons est moins inégale, et
montre au contraire le poids des ruptures de charge et des tractions
terminales dans la fixation du coût de production total.
Décomposition du coût du
transport rail-route
La décomposition du coût total de
transport intermodal dépend de la chaîne considérée. Les opérateurs citent
généralement les ordres de grandeur suivants :

De fait, les proportions varient selon
les distances parcourues : la traction centrale représente une part plus
grande du coût total sur les trajets longs, tandis que l'importance des
opérations terminales se renforce pour les trajets courts. Quant au
transport intermodal terrestre en prolongement d'un transport maritime, on
peut considérer que, par rapport à la concurrence routière, il n'a à subir
le handicap que d'une opération terminale supplémentaire, puisque la
rupture portuaire s'impose dans tous les cas, quelle que soit la solution
choisie.
Trafic national

Trafic international


Source : A. Toubol, in
Possibilités et limites des transports combinés, Table ronde n° 91, CEMT,
1993.
Le poids des opérations terminales fixe
aussi les termes de la concurrence avec le transport routier de bout en
bout, qui souffre d'une moindre productivité kilométrique sur
l'acheminement de longue distance mais n'est pas handicapé par les
ruptures de charge ni par les acheminements terminaux. La compétitivité du
transport combiné par rapport à la route est du reste plus grande, toutes
choses égales par ailleurs, pour l'acheminement terrestre des conteneurs
maritimes que pour le trafic intracontinental, puisque le premier ne
souffre que d'une rupture de charge supplémentaire, contre deux pour
l'autre.
Schéma de concurrence
par les coûts
Schématiquement, le coût de transport C
se compose d'une part fixe, indépendante de la distance parcourue D, et
d'une part proportionnelle à la distance. La part fixe de la route, Cr,
est plus faible que celle du transport combiné, Cm pour le combiné
maritime, Ct pour le combiné terrestre. En revanche, le coût kilométrique
de la route est supérieur à celui du fer ou de la voie d'eau. La route est
donc compétitive en deçà de la distance Dm pour le combiné maritime, Dt
pour le combiné terrestre, et Dm < Dt.
Dans tous les cas, l'allongement des
distances de transport est un facteur de compétitivité des solutions
intermodales.

Au découpage par maillons techniques
s'ajoute un découpage par acteurs économiques. En Europe, on distingue
deux familles d'opérateurs : les filiales des compagnies ferroviaires et
les opérateurs de "ferroutage".
Configurations européennes
Les filiales des compagnies
ferroviaires, telles que la CNC en France, sont chargées de concevoir et
commercialiser le transport combiné, tout en achetant la traction
ferroviaire au réseau ferré. Leur marché initial a souvent été le trafic
terrestre de conteneurs maritimes, et tend à s'étendre aux trafics
intracontinentaux de caisses mobiles. Ces opérateurs sont couramment
propriétaires des wagons porte UTI qu'ils utilisent, ils mettent des
caisses mobiles à la disposition des clients qui le désirent, assurent les
tractions routières terminales avec leurs propres moyens ou par
l'intermédiaire de sous-traitants, enfin ils gèrent les manutentions sur
les chantiers rail-route de leur ressort. L'ensemble des entreprises
ferroviaires a en outre créé une filiale commune, Intercontainer (qui,
depuis sa fusion avec Interfrigo, s'appelle désormais ICF), pour les
transports internationaux.
Les opérateurs de ferroutage, tels que
Novatrans en France, sont issus des milieux routiers. Ils sont chargés par
ceux-ci de leur offrir une prestation ferroviaire de chantier à chantier,
comprenant la mise à disposition d'un wagon, la fourniture de la traction
achetée auprès de l'entreprise ferroviaire, la gestion du chantier de
manutention. Les transporteurs routiers adeptes du ferroutage ajoutent au
transport de chantier à chantier les acheminements routiers terminaux et
vendent la prestation complète à leurs clients chargeurs. À l'échelle
européenne, les entreprises de ferroutage appartiennent à l'UIRR (Union
Internationale Rail Route).
À proprement parler, les deux familles
ne sont pas en concurrence, puisque les filiales des chemins de fer
vendent une prestation complète à des chargeurs (ou à des commissionnaires
les représentant) tandis que les entreprises de ferroutage vendent un
service de chantier à chantier à des transporteurs routiers. Ce partage du
marché est-il définitivement établi, quand les deux familles d'opérateurs
utilisent désormais des matériels identiques (les filiales ferroviaires
utilisent aussi les caisses mobiles, tandis qu'en ferroutage l'usage des
semi-remorques tend à diminuer et celui des conteneurs maritimes à
augmenter) ?
Les deux principaux
types d'opérateurs en Europe (et en France)

Ces schémas ne sont pas les seuls en
vigueur, ni fixés de façon irrévocable. D'autres dispositions sont
envisageables. En Allemagne, par exemple, les deux opérateurs principaux
(Transfracht comme filiale de la DB, Kombiverkehr comme membre de l'UIRR)
ont une filiale commune en charge d'un grand nombre de chantiers, DUSS. On
peut penser que cette formule pourrait se développer à l'avenir, en
Europe, en ce qu'elle facilite l'ouverture des installations à d'autres
opérateurs, conformément au souci communautaire de libre accès aux
réseaux. Dans d'autres pays comme l'Espagne, la compagnie ferroviaire
entend au contraire organiser et vendre elle-même "en direct" la
prestation complète de bout en bout, sans passer par une filiale
spécialisée. Cette volonté de reprise en main par une compagnie
ferroviaire est une tentation récurrente parmi les réseaux européens. Elle
bute immédiatement sur la réticence des routiers qui répugnent à
travailler avec un fournisseur (l'entreprise de traction ferroviaire) qui
devient en même temps leur concurrent direct (l'entreprise vendant une
prestation de bout en bout). On revient alors à la situation antérieure
(ainsi la SNCF vient-elle de céder sa filiale de vente directe de
transport combiné à température dirigée, Chronofroid, à des intérêts
privés).
Périodiquement, on annonce l'entrée sur
le marché européen, rendue possible par la directive 91-440 d'ouverture
des réseaux ferrés, de nouveaux opérateurs de transport intermodaux
rail-route. Ceux-ci peuvent émaner d'alliances entre entreprises
ferroviaires, éventuellement renforcées de la participation d'armateurs et
de commissionnaires. Ces nouveaux opérateurs peuvent dépendre de grands
chargeurs industriels. Ils peuvent disposer de personnel et de matériel
propre, ou de matériel loué, ils peuvent aussi sous-traiter tout ou partie
des opérations techniques aux entreprises déjà en place. On connaît déjà
les cas de NDX, associant les chemins de fer allemands DB, néerlandais NS
et l'armement maritime américain Sea Land, et de ERS, associant les
armements Maersk et Sea Land à HCR, filiale des NS, tandis que l'on évoque
les projets du groupe chimique BASF pour devenir opérateur de transport
combiné. Pour l'heure, les tentatives n'ont pas été vraiment concluantes.
Il serait dangereux de penser qu'il en sera toujours ainsi, et les
opérateurs en place se doivent d'imaginer toutes les solutions, le plus
souvent d'échelle internationale, auxquelles ils pourront participer ou
dont ils devront affronter la concurrence.
La liste des opérateurs en Europe a déjà
tendance à s'allonger. Traditionnellement, ils étaient organisés sur une
base nationale, à l'exception d'ICF qui est une coopérative issue de 26
réseaux européens. Aujourd'hui, l'internationalisation et l'intégration du
marché européen posent à chaque acteur des questions stratégiques :
faut-il agrandir son réseau avec ses propres moyens, faire des alliances
pouvant prendre la forme d'échanges de participation ou de joint-ventures,
ou s'inscrire dans une "niche" de marché plus circonscrite?
Les entreprises françaises tiennent une
place honorable dans le trafic européen, derrière les deux leaders que
sont, dans des genres différents, ICF et Kombiverkehr. Dans le tableau
suivant, la mention de "nationalité" est très simplificatrice, compte tenu
de la multiplication des prises de participation internationales, tandis
que s'établissent entre opérateurs des rapports nouveaux, mêlant parfois
coopération et concurrence, notamment entre ICF et les filiales des
entreprises ferroviaires qui en sont pourtant actionnaires.
Principaux opérateurs
européens de transport intermodal en 1997
| Société |
nationalité |
trafic
(103 EVP) |
| ACI |
britannique |
45 |
| Cemat |
italienne |
700 |
| CNC |
| |